Save Save

Peut-on sauver de la noyade une start-up qui réalise 100 000€ de CA par jour ?

Ou comment une bouée en or s'est-elle transformée en plomb ?

De Michel Reibel

La "vallée de la mort" : le moment de vérité

Save (anciennement Save My Smartphone), qualifiée de start-up pépite, a été placée très récemment en redressement judiciaire. Damien Morin, son très jeune dirigeant, dresse le bilan qu'il vient de déposer, plutôt lourd en conséquences et il semblerait qu’une fois le plafond de verre atteint lors d’une prolifération fulgurante, expliquée dans l'article Challenges Maman, j’ai planté ma start-up (mais je veux m’en sortir), ce n’est qu'une question de mois pour survivre à un diagnostic aussi édifiant :

“Plus qu’un retournement de marché ou une quelconque erreur stratégique, Save n’a pas su recruter les bons profils - notamment dans les fonctions support - pour tenir la route. Un peu comme si l’on confiait le volant d’une Ferrari à un jeune conducteur sans lui faire faire un tour de circuit préalablement. Le créateur de Save le reconnaît lui-même, la finance était approximative, la gestion des stocks brinquebalante, le contrôle des achats mauvais. Et, par-dessus le marché, les vols de matériel ont atteint une ampleur incroyable. Enfin l’ouverture du marché allemand et espagnol a été un échec (...).

​L’engagement des équipes sera aussi déterminant pour espérer sauver le sauveur de smartphones. Le startupper affirme qu’il en a besoin même s’il écrit, en post-scriptum : je confirme, quand vous êtes dans la merde, vous êtes bien seuls”.

La vallée de la mort, c'est la différence entre “être un entrepreneur enthousiaste non avisé" et “devenir un entrepreneur enthousiaste avisé

Christophe Legrenzi - Consultant - Chercheur - Auteur - Speaker

C’est ce que Christophe avait schématisé (comme ci-dessus) à Paris en 2007, lors d'une formation autour du thème de la valeur immatériel que l'on estime, ne l'oublions pas, à plus de 2/3 de la valeur intrinséque de l’entreprise. C’est vous dire l’importance des talents nécessaires pour relever le challenge d’une start-up ambitieuse.​

Car même après avoir levé 15 M€ l’an dernier (dont 8M€ de dettes), Save fait partie des ces start-up en France qui peuvent ne pas passer le cap des cinq ans, soit une sur deux selon François Bracq, responsable du programme (ingénieux) Scale Up de Google.

Quand une idée en or se transforme en plomb

J'ai eu la chance d'être sélectionné l'année dernière par Guy Kawasaki (ne me demandez pas pourquoi), ex proche collaborateur de Steve Jobs, en qualité de beta reader de son best seller L’Art de se Lancer 2.0 et pour lequel j’ai écrit la revue Apple Guy.

Voici comment il illustre le recrutement de talents dans une start-up : “si vous êtes un B, vous devez recruter un A, car si vous recrutez un C, celui-ci recrutera un D qui recrutera un E pour avoir en bout de chaîne des bozos… Si vous êtes un A, recrutez un A+”.

Par ailleurs, j’ai aussi croisé l’année dernière Carlos Diaz (souvenez vous du mouvement des Pigeons avec François Hollande…) qui était de passage à Strasbourg et qui a délivré 5 règles d’or (complétées avec mes notes) pour les entrepreneurs “au four et au moulin” de start-up françaises :

  1. Avoir (dissocier) sa vision court/moyen/long terme,
  2. Recruter des talents (sans chercher à vous "cloner") que vous payez afin qu’ils vous disent ce que vous devez faut faire et non l'inverse,
  3. Push-manager les gens en les félicitant du travail qu’ils accomplissent (lorsqu’ils le font et ne pas faire leur travail à leur place sous peine de pénaliser lourdement votre organisation),
  4. Communiquer beaucoup (avec un plan c’est mieux),
  5. Lever des fonds et différencier capital d’amorçage et capital développement (une start-up ne doit pas raisonner “profits” au début mais “cash flow” ; ce qui rentre, ce qui sort).

​Mais voilà, ce sont les mêmes erreurs, parfois fatales, que l'on reproduit systématiquement, combien de fois entendons nous : "je ne l'avais pas vu comme cela" ou encore "si j'avais su"...

L'entreprise est certes une aventure humaine avant tout, mais nous passons trop vite à côté des questions simples sans fixer les vraies priorités. Pourtant, c'est cet attachement aux vraies priorités qui est sa raison d'être, les négliger c'est agir à l'opposée et "pénaliser la bonne alchimie".

Le bon alchimiste de la start-up sait qu'il est plus difficile de transformer le plomb en or plutôt que l'inverse

Les scientifiques prouvent que l'on peut transformer le plomb en or : "Pour passer du plomb à l'or, il faut donc arracher au premier quelques nucléons. Le plomb en a 208 (82 protons et 126 neutrons) et l'or 197 (79 protons et 118 neutrons). En bombardant du plomb, on peut donc espérer lui arracher ces 11 nucléons de trop, trois protons et huit neutrons. Le hic est que la probabilité pour que cela arrive est très faible. Il faudrait donc que le bombardement dure des mois, voire des années, pour obtenir de l'or”.

Si vous ne forgez pas la maturité nécessaire pour équilibrer l'adoption et les responsabilités de ce que vous entreprenez, votre idée en or se transformera alors en plomb que seuls vos clients, vos banquiers et les juges pourront en estimer la valeur et vous, vous serez peut-être pathétique, mais vous aurez toujours des nucléons en trop...

Écrit le 29-07-2016 par Michel Reibel - Michel travaille à l'intersection du Business et de la Web stratégie. Concepteur créatif, il a une passion véritable pour l'innovation, le design de concepts "entiers" et il adore le mapping visuel et le storytelling.